La méridienne

Le blog de Mona Chollet

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28 juillet 2016

À propos

Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique et essayiste. Auteure avec Thomas Lemahieu du site Périphéries.

E-mail : courrier [at] peripheries.net

Ce blog a été conçu avec grâce et talent par Guillaume Barou (qui s’était un peu entraîné avant). Merci à lui.

Image : Henri Matisse, « Intérieur au violon », 1918.

Auteure de...

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique

Zones (La Découverte), Paris, 2015, 320 pages, 17 euros. E-book : 11,99 euros. Texte intégral en libre accès sur le site de l’éditeur.

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir.

Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de « famine temporelle » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question « Qui fait le ménage ? », persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs…

Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine

Zones, 2012, 240 pages, 18 euros ; La Découverte Poche, 2016, 296 pages, 9,50 euros. E-book : 8,99 euros. Texte intégral en libre accès sur le site de l’éditeur.

Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée.

Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle.

Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.

Rêves de droite. Défaire l’imaginaire sarkozyste

Zones, 2008, 156 pages, 12 euros. E-book : 9,99 euros. Texte intégral en libre accès sur le site de l’éditeur.

« J’ai fait un rêve », slogan repris à Martin Luther King, fut l’un des moteurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Tout a été dit sur cette victoire sauf peut-être l’essentiel : et si elle correspondait au triomphe d’une nouvelle forme d’imaginaire politique ?

Mona Chollet décortique les principaux éléments de l’univers sarkozyste : la « machine de guerre fictionnelle » que représente la success story, le mythe du self-made man, l’identification illusoire aux riches et aux puissants, le mépris des « perdants », l’individualisme borné, le triomphe de l’anecdote et du people...

Aux antipodes de la fascination béate et complaisante d’une Yasmina Reza, elle critique les impostures idéologiques du nouveau pouvoir : un démontage sans concession des valeurs de la droite bling bling, dans un style incisif, souvent drôle, toujours fin, mêlant l’enquête journalistique, l’écriture littéraire et la critique sociale.

Lucide, elle pointe également la faiblesse alarmante de l’imaginaire de gauche, radicalement incapable de relever le défi. Contre le cynisme et les renoncements, il est urgent de réinventer un nouvel imaginaire émancipateur, en commençant par se réapproprier l’aspiration légitime à l’épanouissement personnel, aujourd’hui fourvoyée dans les mirages de la « société-casino ».

La Tyrannie de la réalité

Calmann-Lévy, Paris, 2004, 368 pages, 22,20 euros. Gallimard, « Folio Actuel », Paris, 2006, 384 pages, 9,20 euros.

Peu d’idées sont autant galvaudées aujourd’hui que celle de « réalité ». Hommes politiques, chefs d’entreprise, mais aussi économistes et romanciers s’en réclament : seul le réalisme semble recevable, et il suffit à tout justifier. La réalité constitue désormais, dans notre mentalité collective, la valeur étalon. Elle est le nouveau dieu que nous vénérons ; le dernier qui reste en magasin, peut-être.

Mona Chollet épingle l’usage pernicieux de cette notion dans tous les types de discours et démontre pourquoi l’injonction réaliste relève de l’imposture. À une époque où les relations essentielles à notre équilibre ? la relation à l’environnement, la relation à l’autre ? se vivent sur un mode chaotique, il est temps de se poser quelques questions…

Un texte mordant et salutaire, qui non seulement déconstruit l’idéologie implicite de certains « réalistes », mais ouvre aussi joyeusement un chemin de traverse : il rappelle les bienfaits de l’imagination et du rêve, non pas pour « fuir la réalité », mais au contraire pour se donner une chance de l’habiter pleinement.

Marchands et citoyens, la guerre de l’Internet

Avec Gébé. L’Atalante, coll. « Comme un accordéon », Nantes, 2001, 160 pages, 10,50 euros.

Mona Chollet revisite cette utopie du grand réseau mondial autoproduit et autogéré et nous donne à lire, en contrepoint, la triste réalité de l’« e-business ». L’Internet des pionniers a assurément bien mal vieilli et les marchands s’y battent maintenant comme des chiffonniers pour s’assurer de nous, citoyens et usagers libres du réseau.

Il s’agit donc bien d’une guerre, d’une guerre des contenus et des accès. Une guerre de procédures et de budgets, où la liberté d’expression s’efface au profit du droit des firmes à clôturer le réseau et à l’organiser pour leurs besoins propres.

Dans cette guerre entre marchands et citoyens, la classe politique, engouffrée dans les marais de la nouvelle économie, navigue à vue.

Le commerce électronique sécurisé est-il donc le grand projet du vingt et unième siècle ? Pour ce réseau socialement utile et cette intelligence collective dont nous rêvons, la marchandise ne peut tenir lieu de projet politique sur l’Internet.

Inventons.